Dimanche 3 juillet après-midi, sur la place de l’église d’Isolacciu, nous avons organisé un débat en collaboration avec l’association Memoria diu Fiumorbu et les habitants du village, Janine Vittori et Jean-François Vinciguerra.

Autour du thème « Quel avenir pour les villages de montagne ? », nous avions convié plusieurs intervenants à venir enrichir le débat. Près d’une centaine de personnes d’Isolacciu et des villages alentours ont répondu présents à cette rencontre. « Nous sommes heureux de constater que les quatre communes qui constituent le bassin de vie des montagnes du Fium’Orbu, sont représentées par la présence des habitants mais aussi de leurs maires », nous a confié Jean-François Vinciguerra.
Au cours de l’après-midi, Michèle Barbé, présidente de la maison de l’architecture de Corse a pris la parole et évoqué le travail de l’association dans différentes régions de l’île. Puis, Justine Muzy, doctorante, a fait une synthèse de son travail de thèse sur le sujet du tourisme durable dans la région de Porto Vecchio, dans le plateau du Cuscionua. « On doit se mettre autour de la table et savoir pourquoi on veut générer du tourisme, quel type de tourisme on veut voir se développer et quels effets négatifs ce tourisme pourrait avoir » a expliqué la doctorante au cours de son analyse.
Elle a ensuite répertorié des façons nouvelles de s’approprier le tourisme dans différentes régions du monde. Un autre tourisme existe ailleurs, et c’est notamment le cas de la commune de Pigna en Balagne, qui était à l’abandon dans les années 70 mais qui, grâce à la volonté d’un habitant en particulier, a repris vie. « Aujourd’hui, ils ont plus de concerts par an que d’habitants, ont une petite dizaine d’artisans installés, une maison de production musicale, un auditorium magnifique », a raconté Justine Muzy.
D’autres exemples existent : sur l’île de Cana en Écosse, un café communautaire pour les habitants et financé par la population et les touristes a été mis en place. Dans un autre village d’Écosse, la municipalité a rénové une ancienne gare pour en faire un café-bibliothèque-restaurant-point d’information touristique-vente de souvenirs. « Il est nécessaire de travailler collectivement, de s’investir dans des actions autour de chez soi sans attendre les interventions de la municipalité », a-t-elle conclu son intervention.

Les intervenants se sont ensuite succédé. Marcandria Peraut, également en thèse, a ensuite expliqué aux habitants sa volonté de développer un tourisme mémoriel autour du projet Paoli-Napoléon. Annabelle Gossein, chargée de mission à l’écotourisme pour la Com’com, a fait un résumé de l’accompagnement qu’ils mettent en place auprès des acteurs qui souhaiteraient s’insérer dans ce réseau. Enfin, Sampieru Mari a présenté le travail de l’association Memoria di u Fiumorbu. Après une bonne heure d’écoute attentive, la parole a ensuite été laissée aux habitants et au public.
Le sujet est sensible et l’émotion est grande sur le sujet du tourisme, notamment dans ces petites communes isolées. « Nous devons développer nos villages pour nous. Il faut d’abord maîtriser ses outils et le tourisme arrivera après, en bout de chaîne ou en bonus, mais c’est d’abord une richesse pour nous », a exprimé l’une habitante.
C’est ce qui est ressorti de ces échanges. Le développement des villages doit se penser d’abord sans considération du tourisme, ce sera la clé de leur survie. Il est nécessaire de donner un espace de vie aux jeunes générations avant d’en donner aux gens de passage si l’on veut que l’âme du village perdure. « Ici, ce n’est pas mort, c’est calme », lance l’un des habitants. D’autres ont évoqué la possibilité de mettre en place un collectif afin de mutualiser ces idées, mais aussi un lieu de partage et d’échanges.
Les discussions se sont prolongées tard dans la soirée autour d’un apéritif. L’exercice est nouveau, les villages trop peu souvent sollicités dans le débat public. Mais déjà semblent émerger des volontés de refaire, de se concerter, de penser collectivement, pour peut-être se faire entendre et agir.
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