La plaine orientale est faite d’une histoire particulière. Légendes, bandits, forêts peuplent les récits des habitants du coin. Et si le sentiment identitaire est très fort en Corse, il l’est d’autant plus dans cette région, troisième bassin de vie de l’île après Ajaccio et Bastia.
« Ici, ça vit toute l’année. Calvi et Bonifacio en plein hiver sont des villes mortes. Ici, c’est la Corse authentique », explique Pascale Simoni, propriétaire du camping U Casone à Ghisonaccia.
L’histoire est connue et répétée à l’envie par les locaux. La région du Fium’Orbu Castellu est composée d’un petit bout de littoral, et d’un grand bout de montagne où sont dispersés quelques villages. Pendant des siècles et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, tous vivaient dans les villages des montagnes alors que les plaines, insalubres, marécageuses et infestées de malaria et de paludisme, étaient utilisées pour les cultures. Chaque jour, les villageois descendaient à travers le maquis vers les plaines travailler aux champs, et remontaient en fin de journée dans leurs foyers.

Cette région est connue pour son bois et ses forêts denses. Les bandits venaient se cacher entre les arbres de ses montagnes inaccessibles, donnant cette réputation de brigands à l’ensemble de la région pendant des décennies.
« Je ne vous parle pas de bandits d’honneur mais de vrais voyous ! Ils se cachaient dans les forêts autour des villages et les routes étaient dangereuses pour les voyageurs », raconte Gérard Andreani, originaire du village de Serra-di-Fium-Orbu.
Plus tard, les mêmes forêts et maquis abriteront de nombreux résistants pendant la Seconde Guerre mondiale, donnant définitivement au Fium’Orbu son image de rebelle.
La plaine petit à petit a été assainie. Dans un premier temps, par le biais de la FORTEF (Forêts – Terres et Forces du Fiumorbu). Cette entreprise d’exploitation de bois installée dans la région à partir de 1932 a participé à assainir et assécher les marais.

« Les Américains pendant la Seconde Guerre mondiale ont aspergé la plaine de DTT (dichlorodiphényltrichloroéthane, insecticide puissant utilisé à partir des années 1930, aujourd’hui interdit) et se sont mis à vivre là. Du coup, les Corses ont commencé à descendre », continue Gérard Andreani.
Les habitants quittent leurs villages pour se rapprocher de leur lieu de travail. Ghisonaccia, qui n’était autrefois qu’un lieu de transhumance pour les bergers, devient une commune prospère dans les années 1960 grâce à l’essor de l’agriculture. Aujourd’hui, l’agriculture est encore l’une des activités économiques les plus importantes de la région, et en fait depuis toujours le « grenier de la Corse ».
Depuis les années 1980, l’activité touristique s’est développée. Quelques camps de vacances ont vu le jour le long de la côte sans connaitre les arrivées massives des autres cités de l’île.
Si cette exode vers la plaine a vidé les villages, tous les habitants y ont laissé leur âme de Corse. De sorte que personne, si ce ne sont les nouveaux arrivants, ne se revendique de la plaine. Tous ont le cœur et l’identité au village et lorsque vient la chaleur, les familles rejouent la transhumance pour s’installer quelques semaines dans les grandes maisons familiales aux pierres fraiches.
Alors à Ghisonaccia, personne n’est vraiment d’ici même si tout le monde y vit. Et la ville, comme les autres le long du littoral, n’est qu’une succession de maisons construites sans véritable plan. Il est difficile de trouver un lieu de vie, une place, un endroit pour se réunir et fédérer.
« Ici, c’est un peu le Far West. A l’époque où les gens sont venus s’installer, il y avait beaucoup de place et ils se sont établis un peu n’importe comment. La population a doublé entre 2000 et 2015 mais il n’y a toujours pas de plan d’urbanisme », analyse Olivier Van Der Beken, ancien géographe et directeur du centre culturel Anima.
A SUIVRE
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