Promenade en montagne

Nous continuons d’explorer les villages du Fium’Orbu Castellu et nous comprenons mieux depuis quelques jours pourquoi les familles remontent au cœur des montagnes quand arrive l’été.

Sous les pierres fraiches des églises et à l’ombre des chênes, vous vous faites cueillir par la quiétude des lieux et vous n’avez d’autres choix que de ralentir. Le paysage vous embarque et la sérénité règne.

Et l’on se prend à souhaiter que rien ne bouge, que surtout rien ne vienne troubler cet état d’accalmie.

Seuls au monde à l’ombre de la forêt de Catastaghju et des vestiges de la FORTEF.

Il existe une fracture entre les villages de montagne du Fium’Orbu et la plaine. Une fracture qui est à la base des difficultés de ces communes mais aussi de leur protection. Si ces villages sont isolés, loin des projets d’attractions mis en place en plaine, et en souffrent sur de nombreux aspects, c’est cette exclusion qui a permis de préserver leurs territoires du tourisme de masse.

Forêt de pierres tranquilles à Pietrapola.

C’est tout l’enjeu aujourd’hui. Il faut trouver un compromis entre un développement des communes, et sans porter atteinte à cette identité qu’elles ont su préserver.

Les quatre villages de montagne qui constituent le Fium’Orbu, Serra, Isolaccio, San Gavino et Prunelli, se heurtent à la même problématique. Le principal frein pour eux, mais aussi pour la plupart des villages de Corse, vient de l’accès au foncier.

Pendant deux siècles, l’île a bénéficié des arrêtés Miot de 1801, statut fiscal spécifique à la Corse en matière de droit de succession qui permettait de réduire ou de supprimer certains impôts indirects et certains droits d’enregistrement tels que les droits de succession. En clair, lors d’un décès, la succession devant un notaire n’était pas obligatoire. Pendant des générations donc, les biens se sont transmis aux successeurs sans titre. Ce statut a été supprimé en janvier 2002 avec des mesures transitoires.

La maison carrée de Pietrapola, magnifique bâtiment à la rénovation impossible, victime de ces problèmes de foncier.

Aujourd’hui, cela signifie que beaucoup de terrains et maisons n’ont pas de titres de propriété officiels. Pour les vendre, il faut donc les créer et payer un notaire qui aura la charge de retrouver l’ensemble des descendants. Ces démarches coûtent chères, souvent beaucoup plus que la valeur du bien lui-même. Ce qui débouche sur la situation actuelle : des terrains et maisons inutilisés qui ne peuvent bénéficier à l’installation de la nouvelle génération. Les villages se vident alors que la demande d’emménagement est réelle.

Les maires de ces communes multiplient les projets d’initiatives et tentent à leur échelle de continuer à développer les villages en contournant cette problématique. L’avenir des villages reste donc là, coincé entre les papiers aux lettres tracées à l’encre des actes de succession manuscrits des villageois.

Nous, bien au frais sur la place du village de Serra, en train de philosopher sur l’agitation de la plaine au loin.

A SUIVRE

Une réponse à « Promenade en montagne »

  1. […] Les municipalités se sont saisies de ce potentiel endormi et souhaitent désormais ouvrir des sentiers et les mettre en valeur. Différents organismes publics (Parc Naturel Régional de Corse, Plan territorial des itinéraires de promenade et de randos) sont en charge d’instruire ces dossiers et sont confrontés à la même problématique que les particuliers : la maitrise du foncier (lire notre article sur le sujet). […]

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