Les chemins du Fium’Orbu Castellu #1 La route du bois

La route du bois est une page majeure de l’histoire du Fium’Orbu. La Forêt Terre et Force du Fium’Orbu (FORTEF) créée en 1928 a révolutionné le paysage de la région. Elle fait faillite en 1936.

Moins de dix années ont donc suffi pour modifier le cours de l’histoire des villages alentours.

Vestiges de la Fortef à Miggliacciaro

Tout commence avec un homme, Alain Ducreux, membre du conseil d’administration et légataire d’une banque parisienne. Avec son fils Michel, ils reprennent la société forestière déjà existante dans le Fium’Orbu, la Sofis, dont le siège se situe à Pietrapola.

Les Ducreux sont ambitieux et modernes. De ce premier achat, ils vont construire un empire. En 1932, ils reprennent le domaine de Miggliaciaro : un château avec 1250 hectares de terrain. De nombreuses parcelles environnantes sont assainies, une cité ouvrière pouvant accueillir jusqu’à deux mille ouvriers est édifiée autour de Miggliaciaro, et une école d’une cinquantaine d’élèves est aménagée.

Restes des murs de l’usine à Agnatello

Reconstitution du trajet du bois

Le bois est coupé au cœur des forêts du Fium’Orbu. Un téléphérique transporte les grumes et troncs d’arbres du col de Bianca jusqu’à la scierie d’Agnatello où sont fabriqués les meubles estampillés Fortef. Pour faciliter le transport, le bois est débité à mi-chemin, à Catastaghju.

Il continue ensuite son chemin par différentes voies : par la route, par la voie ferrée qui traversait l’île et passait par Agnatello, ou par la mer. Un port et une tour sont construits sur la plage de Calzarellu. Les Ducreux achètent un bateau de 35 mètres de long, sur lequel ils mettent cinq marins, et qu’ils nomment le Fium’Orbu.

Tour du port de Calzarellu

Ce bateau abreuve finalement le continent de meubles de la Fortef. Beaucoup seront vendus jusqu’à Paris.

Un essor économique foudroyant

Ducreux est plus qu’ambitieux, il est avant-gardiste. Une main d’œuvre qualifiée est exigée et les patrons font venir de nombreux ouvriers de l’étranger : Suisses, Basques, Autrichiens, Russes, etc. Un phénomène qui provoquera la colère des locaux et conduira à une grève. La population locale obtiendra plus d’embauche formée au travail de l’usine, soit environ 40 % d’habitants des villages et 60 % d’étrangers.

Il introduit le taylorisme sur l’île et le travail à la chaîne dans l’usine, une nouveauté pour la région mais aussi pour la France. Environ quatre cents ouvriers travaillent chaque jours dans la scierie et produisent une dizaine de meubles par jour.

A Agnatello, une usine hydroélectrique est construite, ce qui permet d’électrifier une partie de la région. Des routes sont ouvertes et aménagées pour le transport. Des services d’urgences et de pompiers sont créés, et de nombreuses buvettes et fêtes sont organisées dans le secteur faisant du Fium’Orbu un centre de vie majeur.

Si la Fortef a largement contribué à l’essor économique de la région, le système colonial et l’exploitation des ressources et de la main d’œuvre ne peuvent être ignorés. Depuis l’antiquité, les grandes cités d’Europe viennent se ravitailler en bois ici. « D’une des plus belles forêts de France, la Fortef en a fait un désert », cite Charles Bartoli dans une interview.

Anciens bâtiment de l’usine sur la route d’Agnatello

La forêt est encore là, et le chemin du bois, sous ses derniers vestiges, imprègne encore largement la région et l’ensemble de la vallée. Tout autour de nous fait écho à ce passé, ce lien encore palpable entre la plaine et la forêt, et il ne tient peut-être à pas grand chose de le raviver.

A SUIVRE

*l’ensemble de ces informations sont tirées d’un entretien de Charles Bartoli pour l’office du tourisme de la Corse Orientale, enrichi par les témoignages d’habitants du Fium’Orbu Castellu.

3 réponses à « Les chemins du Fium’Orbu Castellu #1 La route du bois »

  1. […] de la FORTEF évoquée dans un précédent article, a façonné le paysage du Fium’Orbu Castellu. De la forêt jusqu’en bord de mer, une […]

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  2. […] dans le passé de cette région de multiple façons et notamment par les traces de la FORTEF, cette ressource semble être toute désignée pour marquer l’un des futurs du […]

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  3. Quand vous écrivez la forêt est encore la , en contradiction avec les propos de Charles Bartoli rapportés dans votre même article qui dit ; « D’une des plus belles forêts de France, la Fortef en a fait un désert »,vous masquez la réalité, en effet la forêt de pins larici du haut Fium’orbu a bel et bien disparu suite a l’exploitation a blanc qui en a été faite par la fortef sans aucun souci de sa régénération.

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